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Jeunes et crises économiques : quel impact réel sur l’emploi ?

Quand la crise frappe, les jeunes encaissent en premier : contrats précaires, salaires en berne, carrières marquées à vie. Une plongée sans détour dans les mécanismes qui sacrifient une génération entière sur l’autel des récessions.

Jeunes et crises économiques : quel impact réel sur l’emploi ?

Un matin de septembre, j’ai reçu le message que tout chargé de mission redoute. Un centre de formation venait d’apprendre que sa subvention était gelée, et trois jeunes apprentis se retrouvaient sans solution du jour au lendemain. Ces trois-là, je les avais suivis pendant des mois. Leur seul tort ? Être entrés sur le marché du travail au mauvais moment.

Ce que j’ai vu ce jour-là résume tout ce que je vais vous raconter ici : les crises économiques ne frappent pas tout le monde de la même manière, et les jeunes en paient toujours le prix fort.

Points clés à retenir

  • Les crises économiques n'affectent pas uniformément la population active : les jeunes subissent des hausses de chômage nettement plus marquées que leurs aînés.
  • La dégradation des conditions d'emploi (CDD courts, intérim, temps partiel subi) précède souvent la destruction massive de postes.
  • Une entrée sur le marché du travail en période de récession laisse des traces durables sur les salaires et la progression de carrière.
  • Les secteurs les plus exposés pour les jeunes sont ceux de l'hôtellerie-restauration, du commerce et de la culture, tandis que le numérique et la santé résistent mieux.
  • Le diplôme n'immunise pas, mais il amortit significativement le choc.

Quand la crise frappe, les jeunes encaissent en premier

Il y a un mécanisme presque mécanique dans la destruction d'emplois. Les entreprises qui voient leurs commandes chuter commencent par ne pas renouveler les contrats courts. Et devinez qui détient la grande majorité des CDD et des missions d'intérim ? Les moins de 30 ans, bien sûr.

Durant la dernière grande récession que j'ai observée de près, j'ai vu des établissements réduire leur voilure en commençant par les contrats les plus précaires. C'est une logique gestionnaire parfaitement rationnelle à l'échelle de l'entreprise, et parfaitement catastrophique à l'échelle d'une génération. Résultat : quand le taux de chômage global augmente de quelques points, celui des jeunes grimpe de dix à quinze points.

Quelles sont les conséquences des crises économiques ?

Une crise économique se définit par une dégradation brutale de la situation d'un pays ou d'un ensemble de pays. Concrètement, la baisse des prix des produits fabriqués oblige les entreprises à réduire les salaires et à procéder à des licenciements massifs. Mais le tableau est plus large : les faillites se multiplient, les tensions sociales s'accroissent, et les répercussions peuvent même être sanitaires.

Ce que la plupart des analyses omettent, c'est la dimension temporelle. La crise de 2008 a certes détruit des emplois en série, mais j'ai surtout constaté un effet d'étranglement progressif : les embauches se sont taries avant même que les licenciements commencent. Les jeunes, eux, n'ont rien vu venir — ou plutôt, ils ont vu les offres disparaître alors qu'ils arrivaient tout juste sur le marché.

L'effet de cicatrisation, cette injustice silencieuse

Voici ce qu'on ne dit jamais assez : une crise ne fait pas que détruire des emplois. Elle marque durablement les carrières. Les économistes parlent de « scaring effect », un terme que je trouve aussi juste que glaçant. Pour les cohortes diplômées en pleine récession, les conséquences se mesurent encore dix ans plus tard.

L'effet de cicatrisation, cette injustice silencieuse

Prenons un exemple concret. Un jeune qui décroche son premier poste en période de crise accepte souvent un salaire inférieur à ses compétences, un poste en dessous de sa qualification, ou les deux. Et voilà le piège : ces points de départ dégradés servent de référence aux négociations salariales suivantes. Mon collègue responsable RH dans une entreprise du secteur industriel me confiait que les candidats embauchés pendant les années troubles gagnaient en moyenne 12 à 15 % de moins que ceux recrutés trois ans plus tôt, à profil pourtant strictement identique.

Et ce n'est pas tout. La progression interne est elle aussi affectée : les promotions étant suspendues en période de vaches maigres, les jeunes restent plus longtemps au bas de l'échelle. Ce retard ne se rattrape presque jamais complètement.

Quel est le lien entre la croissance économique et l'emploi ?

La relation est directe : l'emploi est le moyen le plus sûr de sortir de la pauvreté, et une croissance économique soutenue, tirée par un secteur privé productif, crée des emplois plus nombreux et de meilleure qualité. C'est un cercle vertueux simple à comprendre — mais terriblement difficile à enclencher lorsqu'on part d'une situation dégradée.

Dans les pays en développement, le défi est encore plus massif. Au cours de la prochaine décennie, plus d'un milliard de jeunes atteindront l'âge de travailler, alors que le rythme actuel ne permettrait d'en créer qu'une fraction. Sans croissance inclusive, des millions d'entre eux resteront privés de perspectives, avec des conséquences lourdes sur la stabilité sociale.

Les secteurs ne sont pas égaux face à la crise

Lorsque j'accompagnais des jeunes en recherche d'emploi pendant la période post-pandémique, un constat s'imposait : tout dépendait du secteur visé. Cette réalité est presque caricaturale dans sa netteté.

Les secteurs ne sont pas égaux face à la crise

Les secteurs de la première ligne — hôtellerie-restauration, commerce, événementiel, culture — ont saigné à blanc. Ce sont précisément ceux qui employaient le plus de jeunes : des postes d'entrée, souvent à temps partiel, fréquemment occupés par des étudiants ou des débutants. Quand les restaurants ont fermé, quand les festivals ont été annulés, des dizaines de milliers de jeunes se sont retrouvés du jour au lendemain sans revenus.

À l'inverse, j'ai vu l'informatique, la santé et la logistique continuer d'embaucher — parfois même accélérer. Un de mes anciens étudiants, développeur web junior, a signé son premier CDI en plein confinement. Son voisin, diplômé en hôtellerie, a enchaîné deux ans de petits boulots précaires avant de quitter le secteur. La différence ? Pas la motivation, pas les compétences. Juste le secteur, et le hasard des dates.

Les causes du manque d'emploi des jeunes

Au-delà des crises conjoncturelles, le chômage des jeunes résulte d'un cocktail de facteurs structurels : la faiblesse des compétences, le manque d'expérience, et surtout l'inadéquation entre l'éducation et la formation d'un côté, et les compétences professionnelles réellement requises de l'autre. Combien de jeunes ai-je rencontrés avec de brillants diplômes… mais aucune maîtrise des outils que les employeurs utilisent chaque jour ?

Les crises ont cette particularité perverse d'exacerber ces fragilités préexistantes. En période faste, les employeurs pardonnent les lacunes et forment sur le tas. Dès que la conjoncture se durcit, les exigences remontent et les plus vulnérables sont écartés.

Le niveau de diplôme joue un rôle d'amortisseur, mais il ne protège pas tout le monde. Les jeunes sans qualification sont les premières victimes, c'est une évidence. Mais les diplômés du supérieur n'ont pas été épargnés non plus : ils ont simplement été relégués à des postes sous-qualifiés.

Diplômés… et précaires quand même

J'ai accompagné une jeune femme titulaire d'un master en marketing qui a passé huit mois à enchaîner des missions d'intérim dans un entrepôt logistique. Huit mois. Elle envoyait pourtant des candidatures chaque semaine. Le déclic est venu d'une réponse à une offre de poste en alternance — un recul de qualification assumé, mais une porte d'entrée dans le secteur.

Cette trajectoire illustre un phénomène que j'observe systématiquement en période de crise : la dégradation de la qualité des emplois avant même leur destruction. Les CDD courts se multiplient, l'intérim explose, le temps partiel subi progresse. Les jeunes finissent par accepter n'importe quoi pour décrocher une première ligne sur leur CV. Les employeurs le savent, et en profitent.

Les dispositifs publics comme la Garantie Jeunes ont constitué une bouée de sauvetage pour certains, mais leur efficacité reste très inégale selon les territoires. J'ai vu des accompagnements remarquables dans certains bassins d'emploi, et des files d'attente interminables ailleurs. La réalité, c'est que ces dispositifs traitent les symptômes sans guérir la maladie.

Le diplôme reste votre meilleur allié

Je vais vous dire une chose que je répète aux jeunes que j'accompagne depuis des années, et qui peut sembler contre-intuitive en pleine crise : c'est précisément dans ces moments-là qu'il faut continuer à se former. Oui, la tentation est grande de saisir le premier emploi venu pour avoir un revenu. Mais écoutez ce constat que j'ai vérifié à maintes reprises : ceux qui ont maintenu leur formation pendant les années sombres ont presque toujours rattrapé, puis dépassé, ceux qui ont accepté la première précarité venue.

Et pour les employeurs qui lisent ces lignes, une remarque que je ne peux plus taire : les crises sont des moments d'opportunités uniques. Les talents formés que vous ne pouviez pas vous offrir en période de plein emploi sont soudainement disponibles. Recruter des jeunes pendant une récession, c'est s'attacher des collaborateurs d'une loyauté à toute épreuve — ils savent ce que vous leur avez permis de traverser.

Je me souviens de cette alternante embauchée en pleine tourmente dans une PME industrielle de la Loire. Le dirigeant avait fait le pari de s'attacher une jeune diplômée plutôt que d'attendre des jours meilleurs. Trois ans plus tard, elle dirigeait un service de sept personnes.

Les crises ne sont pas des fatalités. Elles sont des accélérateurs d'inégalités — mais aussi des révélateurs. Vous saurez, après les avoir traversées, si votre secteur voyait en vous un coût à réduire ou une richesse à conserver. Et dans le doute, prenez le temps d'investir dans vos compétences : c'est le seul placement qui ne peut pas être saisi.

Fabien Rossignol

Fabien Rossignol

Fabien Rossignol est un spécialiste reconnu dans le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation continue. Avec une approche centrée sur le coaching emploi, il accompagne de nombreux individus dans la réalisation de leurs objectifs professionnels. Sa passion pour le développement personnel et l'excellence professionnelle fait de lui un atout précieux pour ceux en quête de réussite sur le marché du travail.

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